Dans le village gallois de Hay-on-Wye, où les moutons sont plus nombreux que les humains, où les livres s’empilent dans les rues, une révolution silencieuse a commencé. En 1961, Richard Booth, antiquaire et académicien, a, sans le vouloir, lancé un mouvement international en commençant à remplir de livres d’occasion les bâtiments vides de son village.
Par Ashley Packard le 16 avril 2026
Cette initiative impromptue a transformé sa ville natale en un lieu saint, unissant les villages, bibliophiles et rêveurs sous l’égide de la littérature.
Des personnes venant de tout le Royaume-Uni ont convergé vers ce petit village et les libraires d’autres pays ont rapidement rempli les étagères des magasins voisins, les métamorphosant en librairies animées.
Hay-on-Wye abrite des bâtiments, auparavant vides et maintenant remplis de livres de seconde main.
Hay-on-Wye est devenu le premier « village du livre », accueillant une foule de curieux qui arrivait en masse. Richard Booth, qui s’est autoproclamé « roi de Hay », a inspiré d’autres à se servir de la littérature pour donner un nouveau souffle à leur ville ou à leur village. Alors que la rumeur de ses prouesses se répandait, de plus en plus de villes à travers le monde ont embrassé le concept pour faire vivre leur communauté. Très vite, l’organisation internationale des villages du livre a été formée, en avril 2001, ce, même si elle existait sans désignation officielle depuis des décennies.
L’organisation vise à sensibiliser les foules à la littérature, par le biais d’informations publiées en ligne et d’un festival international biannuel des villages du livre. Elle cherche à soutenir les économies rurales en facilitant l’échange de connaissance entre les libraires et les commerces, en encourageant l’utilisation de la technologie et en aidant à préserver et promouvoir les héritages culturels des régions et des nations, à l’échelle internationale.
Par définition, un village du livre est « une petite ville ou un petit village de campagne, dans lequel on retrouve beaucoup de librairies d’occasions et d’antiquaires [rendant leurs produits] accessibles à tous ». Aujourd’hui, en Europe, il existe des dizaines de villages connus sous ce nom, de Panzin en Croatie à Torup au Danemark. Ces lieux triés sur le volet sont fiers de leur histoire, de leur beauté tout droit tirée d’un conte de fée et de leur contribution au monde littéraire.
Petit village niché dans la campagne vallonnée Belgique, Redu célèbre cette année son quarante-et-unième anniversaire depuis qu’il est devenu le deuxième village du livre en 1984. Dans ce village idyllique « flotte l’odeur familière des vieux livres » selon les descriptions qu’on en fait. Chaque année y est organisé un immense festival du livre. Les quelque trente librairies attirent des centaines de visiteurs qui viennent profiter de sa culture, de son histoire, de son architecture et de sa nature. Redu et deux autres de ses cousins, Lesse et Séchery, ont récemment figuré sur la liste des « plus beaux villages de Wallonie », en juillet 2024.
Situé sur une falaise qui domine la mer le long d’une côte déchirée, entouré de bois et de forêts, Wigtown célèbre son vingtième anniversaire en tant que « village du livre d’Écosse ». Avec son choix de plus d’un quart de million de livres, neufs ou d’occasion, Wigtown fait partie des villages du livre qui ont participé au premier festival international des villages de livre, organisé en août 1998 par l’organisation internationale des villages du livre. Début mai, seize de ses librairies, dont beaucoup proposent des livres d’occasion, participent au Week-end du printemps qui a lieu tous les ans. Au mois de juillet, un festival communautaire a également lieu et tous les samedis, du mois d’avril au mois de septembre, un marché est organisé. Vient ensuite le festival annuel du livre de Wingtown, qui s’étale sur dix jours de fin septembre à début octobre. Cette tradition date de 1999 et, aujourd’hui, ce sont plus de 200 événements qui animent la ville, comme des spectacles de musique, de théâtre, des animations culinaires et d’arts visuels.
Torup se trouve à 60 kilomètres de Copenhague, la capitale du Danemark, prise entre la mer et un fjord et où vit un total de 374 personnes. Là-bas, les locaux donnent avec plaisir leurs livres de seconde main, de la meilleure qualité, aux dix librairies qui bordent la rue, afin qu’ils soient vendus. Ces librairies, si on peut les appeler ainsi, sont en réalité un garage, l’atelier d’un ouvrier, une écurie abandonnée, une étagère à l’entrée d’une ferme et même une gare récemment rénovée. Certains de ces espaces misent sur la bienveillance et l’honnêteté des clients, en ne laissant qu’une urne dans laquelle ils laissent ce qu’ils doivent pour un livre. L’association du village du livre de Torup organise chaque année un festival du livre nordique, auquel sont invités des auteurs qui lisent des extraits de leurs livres. Des courts-métrages sont également projetés et divers événements culturels ont lieu à cette occasion.
Le village de St-Pierre-de-Clages, avec ses étals de livres et ses festivals littéraires, est le seul village du livre de Suisse. Il abrite un grand marché de livres d’occasion, où viennent des auteurs, où ont lieu des expositions à thèmes, des activités pour enfant ainsi qu’un festival du livre de renom, qui a lieu chaque dernier week-end d’août depuis 1993. L’association des amis de Saint-Pierre a été fondée en 1990 et s’est réunie pour la première fois en 1991. Aujourd’hui, le festival dure trois jours et attire des visiteurs provenant de toute la Suisse francophone et des pays voisins. Elle offre des perspectives uniques sur les professions du livre, comme la calligraphie et les anciennes techniques d’impression, un espace accueillant pour que les écrivains et les maisons d’édition puissent se rencontrer et pour que les artistes puissent exposer leurs travaux.
L’ancienne ville de garnison Wünsdorf est connue sous le nom de « ville des livres et des bunkers ». Ce surnom s'explique par ses sites historiques, ses bâtiments, ses librairies, ses cafés et salons de thé, mais aussi par sa vie culturelle animée. À 20 kilomètres au sud de Berlin, le village organise des événements tout au long de l’année, des lectures, des expositions, des expositions de véhicules militaires et, actuellement, cinq visites guidées des bunkers. Wünsdorf est devenu un membre officiel de l’organisation internationale des villages du livre en 1998, grâce à ses trois grands antiquaires qui proposent un large choix de trésors littéraires sur des sujets tels que la poésie, la philosophie, la littérature classique et bien plus encore.
Pour la dixième année consécutive, ma bonne résolution du Nouvel An a été de lire davantage. Idéalement, me dis-je invariablement au cours de ces premières semaines protéiformes du mois de janvier, cette année qui s'annonce se distinguera par ses langoureuses soirées affalées sur le canapé à écumer la longue liste de romans qui alourdissent les modestes rayonnages de la bibliothèque de mon salon, avec peut-être un verre de scotch posé sur un guéridon. par Luke Winkie
Je me délecte de ce fantasme: je rêve de pouvoir enfin ouvrir La Conjuration des imbéciles, m'envoyer les deux derniers tomes de la trilogie Les Livres de la terre fracturée, prendre le temps de lire les mémoires de Patti Smith achetées il y a plus de dix ans… Quand je suis vraiment parti, je me vois viser encore plus haut. Et pourquoi pas Léon Tolstoï? Ou Thomas Pynchon? Et il y a aussi cet exemplaire du Roi pâle, de David Foster Wallace, qui jaunit sur ma table basse depuis un bon bout de temps.
Et pourtant, je sais déjà comment cette saga va finir. L'année va se terminer et ma liste Goodreads n'aura été rallongée que d'un nombre dérisoire de titres, sans commune mesure avec la taille de mes ambitions bibliophiles. Demandez-moi pourquoi je ne lis pas autant que je le voudrais et je pourrais désigner les fléaux bien connus de la modernité: le temps d'écran qui prend de plus en plus de place, les algorithmes addictifs, l'attention qui se morcelle.
Mais un de mes problèmes les plus fondamentaux en matière de littérature est bien plus prosaïque. Je pense d'ailleurs qu'il est bien plus courant que n'osent l'avouer la plupart des lecteurs. Comment se fait-il que, quelle que soit la manière dont je m'y prends, je n'arrive jamais à trouver une position confortable pour lire?
Ne faites pas semblant de ne pas savoir de quoi je parle. Cette affliction est répandue dans toute l'espèce humaine. Il est communément admis que le tout premier roman publié de l'histoire est Le Dit du Genji, un drame de cour écrit au début du XIe siècle par Murasaki Shikibu, une aristocrate japonaise. Mille ans après son incroyable invention qui ouvrit les fenêtres de l'esprit, l'humanité n'a toujours pas trouvé de moyen ergonomique pour absorber le mot écrit.
J'ai essayé, comme vous, de lire allongé sur le dos en tenant mon roman au-dessus de ma tête jusqu'à ce que mes bras me fassent mal et se mettent à trembler, incapables de garder le livre en équilibre. J'ai aussi tenté assis dans un fauteuil, le livre ouvert sur les genoux, jusqu'à ce que mon cou à angle droit se raidisse et viennent confirmer l'épouvantable vérité: le mobilier n'a jamais été conçu pour pourvoir à la nécessité littéraire de regarder vers le bas.
Évidemment, il y a toujours la possibilité de vous allonger sur le ventre, les coudes enfoncés dans un matelas, un tapis ou les coussins d'un canapé. Ça fonctionne un moment jusqu'à ce qu'il devienne évident que vous êtes en train de faire la planche sans que les bénéfices n'en compensent l'inconfort pendant que, sous vos yeux, Raskolnikov trucide tout le monde à la hache.
D'autres ont développé un genre de syndrome de Stockholm et interprètent la douleur comme un signal de vertu.
J'alterne toutes ces positions en boucle, dans l'espoir fou de finir par trouver la panacée qui me permettra de déverrouiller le zen sublime du roman, les légendaires joies de la lecture. Lorsque j'en ai parlé à mes amis et à mes collègues pour savoir s'ils partageaient mon triste sort, je n'ai pas tardé à comprendre que nous étions tous dans le même bateau. Bryan Lowder, rédacteur en chef adjoint de Slate.com, se souvient qu'alors qu'il feuilletait un volume particulièrement peu maniable contenant la série des romans du Cycle de Terremer, il a été forcé d'empiler trois oreillers contre sa tête de lit et d'en placer un autre sur son ventre pour rester sain de corps en suivant les aventures de l'Épervier.
Mon amie costumière Laura Grasso, qui vient de terminer Les Frères Karamazov, a mis au point un dispositif anthropométrique sophistiqué par lequel elle cale tout son corps contre l'inclinaison rembourrée d'un bras de fauteuil, le livre maintenu en délicat équilibre dans son champ de vision «Je tente la totale diagonale, m'a-t-elle raconté. C'est de loin l'approche la plus optimale.»
D'autres ont développé un genre de syndrome de Stockholm et interprètent la douleur comme un signal de vertu. Tony Ho Tran, rédacteur en chef de Slate.com, affirme avoir besoin «d'être un petit peu mal installé» pour bien se concentrer sur ce qu'il lit. «Donnez-moi une chaise de cuisine en bois biscornue, proclame-t-il. Donnez-moi un siège en plastique dans le train qui me conduit au travail.»
Mais ne devrait-on pas pouvoir faire autrement? L'évolution n'aurait-elle pas dû fournir à notre espèce une sorte de soutien lombaire naturel –ou, à défaut, des sortes de callosités de secours– pour nous aider à nous livrer à la tradition remontant du fond des âges qui consiste à lire des mots imprimés sur du papier? Est-ce que Moïse, en redescendant du mont Sinaï avec ses tablettes en pierre consacrées par Dieu en personne, a eu des douleurs cervicales après avoir déchiffré les Dix Commandements? Eh bien, selon Ryan Steiner, kinésithérapeute à la clinique de Cleveland (Ohio), oui.
Il se trouve que la lecture oblige le corps à adopter une posture parfaitement contre-nature. Et personne n'y peut rien. «En toute honnêteté, nous ne sommes pas faits pour rester longtemps dans la même position, aussi confortable soit-elle, précise Ryan Steiner. Quand on lit, il faut en changer souvent. Je préconise de se lever et de bouger un peu de temps en temps.»
«C'est facile de tenir quelque chose de relativement léger en ayant le bras le long du corps pendant plusieurs heures. Mais devant le visage? Vous pourriez avoir du mal à le faire ne serait-ce qu'une minute.» Ryan Steiner, kinésithérapeute à la clinique de Cleveland (Ohio)
Ryan Steiner m'a gentiment expliqué le côté scientifique de la chose. Notre système nerveux est tissé de capteurs électriques microscopiques appelés mécanorécepteurs. Ces neurones sensoriels informent notre corps de la manière dont nous nous étirons, dont nous nous recroquevillons ou mettons en tension nos tissus mous. C'est valable lorsque l'on fait de la musculation, mais également quand on tient un livre devant son visage.
«Au bout d'un certain temps, ces récepteurs envoient un message au cerveau du genre: “Hé, il se passe un truc de pas naturel par ici, il faut faire quelque chose”», décrit Ryan Steiner. C'est à ce moment-là que nous ajustons notre posture pour trouver une position plus confortable. Ce schéma se répète sans cesse pendant tout le temps de la lecture. Il peut vous sembler étrange qu'un roman exerce sur notre corps une pression comparable à celle d'un sac de béton, par exemple, mais Ryan Steiner s'est empressé de me rappeler qu'il y a toujours un moment où n'importe quel objet peut devenir une source d'inconfort.
«Une petite force peut faire une grande différence, poursuit le kinésithérapeute de la clinique de Cleveland. C'est facile de tenir quelque chose de relativement léger, un poids d'un kilo et demi par exemple, en ayant le bras le long du corps pendant plusieurs heures. Mais en tenant cette chose devant le visage? Vous pourriez avoir du mal à le faire ne serait-ce qu'une minute.»
Cela dit, le pouvoir de la technologie a été convoqué pour résoudre ce problème de lecture. Nous avons tous entendu parler de ces pupitres qui peuvent être installés dans un lit ou sur une baignoire pour permettre de s'occuper les mains avec un verre de pinot noir frais tout en parcourant un roman d'amour bien sirupeux.
Mais celles et ceux qui préfèrent lire sur tablette sont allés encore plus loin. J'ai contacté Chelsea Stone, qui travaille pour CNN et a testé un appareil réellement révolutionnaire permettant de fixer sa liseuse à une monture en silicone modulable. Elle oriente le bras articulé au-dessus de son matelas de sorte que la tablette flotte gracieusement devant ses yeux lorsqu'elle est allongée sur le dos dans son lit. Pour tourner les pages, elle utilise une télécommande connectée par Bluetooth. Ses mains n'ont jamais besoin de sortir de la couette.
Ce cocon étanche de félicité littéraire rappelle les fauteuils volants utilisés par les réfugiés sédentaires du film d'animation Wall-E. Chelsea Stone a réussi une fois pour toutes à rendre obsolètes les limites humaines en neutralisant ces satanés mécanorécepteurs. «Je ne peux pas vous dire le nombre de fois où je me suis assoupie avec un livre entre les mains, avant d'être réveillée en sursaut en me le prenant sur le front, confie-t-elle. Avec ce dispositif, je suis libre de lire dans n'importe quelle position.»
Et pourtant, Chelsea Stone, véritable rat de bibliothèque, avoue qu'elle aime encore lire des livres à l'ancienne. Je peux la comprendre. Si une liseuse est physiquement une idée prudente, spirituellement c'est une expérience qui manque d'intensité. Au bout du compte, si j'aime la lecture, c'est aussi pour tous les éléments accessoires de la littérature; la manière dont ce rituel peut illuminer une journée ordinaire. Pensez au bonheur de la découverte fortuite du coin de lecture idéal –un café, un parc, une plage– qui semble attendre précisément le roman que vous trimballez dans votre sac à dos. Le temps s'arrête et votre imaginaire commence à se fissurer.
Les muscles de ma hanche protestent avec véhémence tandis que, allongé sur le côté, j'apaise mon esprit. Cela fait mille ans que nous lisons des livres. Le jeu en vaut forcément la chandelle.
La presse, papier ou pas, va mal.
Des journaux ferment. Des journalistes abandonnent le métier dont ils rêvaient parce qu’ils ne peuvent plus en vivre. Au même moment, de faux sites en IA sont créés par des puissances étrangères pour polluer le débat. De vrais sites d’infos délèguent à des robots la rédaction de leurs articles. Et ne parlons pas d’une titraille de presse aujourd’hui sacrifiée sur l’autel de Google. Quand ce ne sont pas des photos d’illustrations de presse qui sont générées en IA.
Disons le aussi tout net : derrière ce changement, c’est aussi la démocratie et l’expression démocratique qui est attaquée. Jamais la démocratie n’a été aussi menacée dans le monde. Jamais autant d’êtres humains n’ont vécu sous des régimes autocratiques.
Dans les « lumières noires » d’Arnaud Miranda, l’auteur explique ce projet : cette destruction de la cathédrale que sont les médias, la culture, l’éducation est dans le seul but d’affaiblir la démocratie et de la remplacer par un régime au croisement de la royauté et du grand patron d’entreprise.
Aujourd’hui, un seul moyen de résister et de contre attaquer : l’information et la satire.
Dans les derniers mois, on a vu aussi cette guerre contre l’information et les journalistes. Journalistes tués sur le front, emprisonnés, torturés. Caricaturistes virés parce qu’un dessin sur la soumission d’une rédaction à Trump déplaît. Rédaction purgée de la moitié de ses effectifs comme au Washington Post sous le contrôle de Bezos. Hier en France, c’était Prisma Média, contrôlé par des proches de Vincent Bolloré, qui perdait 40% de ses effectifs. Aux Etats-Unis, un journal a décidé de mettre en place un outil IA qui « réécrit » tous les articles de ses journalistes.
Les gens cherchent du regard un refuge, une catharsis à ces temps dramatiques où plus rien ne fait sens. Une respiration.
Proposer le Gorafi en version papier peut être ce refuge.
Et au delà de ça, c’est enfin s’affranchir des algorithmes qui décident ce que vous pouvez lire ou ne pas lire, de la censure des plateformes qui ne comprennent pas la satire. Défendre la liberté d’expression, s’attaquer aux puissants, quels qu’ils soient. Nous avons travaillé en commun avec nos confrères américains de The Onion, écouté leurs conseils sur la préparation et le lancement. Nous avons discuté aussi avec nos confrères allemands de Der Postillon qui ont lancé leur version papier. D’autres sites satiriques vont faire de même, opérer la bascule vers le papier. Dans chaque numéro, vous retrouverez aussi une sélection des meilleurs articles de la satire mondiale.
Nous arrivons dans une époque troublée et personne ne peut plus dire de ce que demain sera fait. Mais les gens ont besoin de ce refuge, de cette catharsis, d’oublier le quotidien, de rire et nous nous appliquerons à ce rôle, même depuis une imprimerie clandestine dans les tranchées du Groenland.
Par cette bascule au papier, à rebours de tout ce qui se fait aujourd’hui, nous invitons aussi les lecteurs à s’emparer des autres titres de presse. Que cette bascule vers le papier soit le signal d’une autre bascule, bénéfique, pour la presse généraliste.
Et au-delà de cela, un engagement de la rédaction, de tous les autrices et auteurs qui nous accompagnent parfois depuis le début. Ne pas transiger, ne pas briser le personnage que nous avons construit depuis presque 15 ans, ne pas se trahir et se travestir en un site de comédie ordinaire mais de respecter plus que tout l’image que nos lecteurs ont de nous, car si nous ne respectons pas cela, alors comment attendre que nos lecteurs nous respectent derrière ?
Note de Kat : traditionnellement, le 1er avril est le seul jour de l'année où le Gorafi publie un billet sérieux.
Ce 1er avril, les poissons ont du souci à se faire : Le Gorafi sort son mensuel papier. Et quand la blague devient permanente, difficile de savoir où s’arrête la blague.
C’est aujourd’hui le 1er avril, le jour des poissons dans les journaux. Une tradition ancienne, mais qui vacille. À force, difficile de distinguer la blague de la fausse information. Comment rivaliser avec Le Gorafi, champion toutes catégories de l’info inventée ?
Depuis des années, le site joue avec l’actualité, détourne les codes, pousse l’absurde jusqu’à le rendre crédible. Et il piège. Qui ne s’est jamais fait avoir ? En 2014, Christine Boutin elle-même cite très sérieusement… une fausse citation du Gorafi, persuadée qu’elle est authentique.
Quand la satire rejoint le réel
Créé en 2012, le site s’est imposé avec des titres absurdes devenus cultes. On rit, on partage, on sait que c’est faux. Enfin… en théorie. Car le réel s’est mis à ressembler à la satire. Derrière l’humour, une structure bien réelle : la société qui détient le site compte notamment La Dépêche du Midi, qui imprime aujourd’hui ce mensuel papier.
Un journal de fausses nouvelles sorti des rotatives d’un titre historique de la presse. En quatorze ans, le Gorafi n’a pas changé. C’est le monde qui l’a rejoint. Le poisson d’avril ? Il est devenu quotidien.
Les joggeurs plutôt que les voitures. C’est le parti pris de la Ville de Paris ce 1er avril. Avant de quitter la mairie, Anne Hidalgo a en effet adopté une dernière proposition passée inaperçue lors du dernier Conseil de Paris (d’aucuns trop heureux que ce soit son dernier, d’autres au buffet de son pot de départ) : la création de pistes de running dans les rues de la capitale.

Dorénavant, à côté des voies de bus et des pistes cyclables, il y aura des lignes réservées aux joggeurs et joggeuses. Une décision prise pour que les runners quittent les trottoirs où, trop souvent, ils prennent la tête aux piétons, manquent de se prendre les pieds dans une laisse de chien ou zigzaguent au milieu des enfants à trottinette.
Bonne nouvelle pour les adeptes de la course à pied, moins pour les automobilistes. Car où trouver de la place dans la capitale ? Sur la chaussée ou sur le stationnement. Ces pistes de running vont donc réduire le nombre de places pour se garer, mais aussi faire passer des rues en double sens en sens unique.
Emmanuel Grégoire ne s’attendait pas à devoir gérer ce dossier, à la différence de la négociation avec le PSG pour le Parc des Princes.